Cette année à Cannes, j'ai eu la chance de voir pour vous :
#8
- Much Loved (Zin li fik)
Maroc 2015
De Nabil Ayouch
Avec Loubna Abidar, Halima Karaouane, Asmaa Lazrak, Sara El Mhamdi Elaaloui
Durée : 1h48
Quinzaine des réalisateurs
Noha, Randa, Soukaina, Hlima sont des filles qui vivent ensemble dans un appartement à Marrakech, jeunes, belles, elles aiment rire, boire, danser, se chamailler et manger. Le pitch pourrait s’arrêter ici tant le sujet est avant tout une tranche de leurs vies.
Leurs vies de putes.
Nabil Ayouch nous raconte ces vies de prostituées marocaines dans une ville touristique, leurs boulots, dans des soirées hyper chic entourées de Saoudiens en mal de sensations, l’alcool, la drogue, le machisme exacerbé … coulent à flots. Le tout entouré d’un esthétisme parfois complice, tentant de mettre le spectateur en porte-à-faux par rapport à ce que le film semble vouloir dénoncer : la violence des rapports humains autour du “plus vieux métier du monde”, un poncif qui reste tabou et hypocritement peu abordé dans la société marocaine.
Sauf qu’à y regarder de plus en plus près, la vie de ces filles, riches et - relativement - indépendantes ne semble pas être, toutes proportions gardées, si terrible que ça…
En d’autres termes, l’aspect “docu-fiction” de quelques moments du film nous éloigne finalement du récit (les filles, attachantes, touchantes, formidablement humaines) pour s’enfoncer dans un constat. C’est choquant mais, simplement, et sans dégagements, c’est leur vie, et puis c’est tout.
La passivité de la première partie du film, qu’on croyait un peu feinte dans la superficialité pour mieux interpeller le spectateur par la suite, semble irrémédiablement figée.
Et le film de nous laisser avec un gout amer de crasse, de scandale, de société dégueulasse, certes, mais teinté d’un autre gout : celui d’un film “agréable” et au bout du compte, “oubliable”.